Avec Pénombre, Bellefleur use de toutes les couleurs de sa riche palette et peint avec un sentiment d’urgence avant que la nuit pourpre n’enveloppe complètement le tableau. Des gestes agités mais précis suivent les rondades et les acrobaties des angles qui se percutent et disparaissent au loin. Un fond glacial semble gonfler la composition de l’intérieur, dispersant tout autour des brandons ardents. Les coups de spatule sont batailleurs; les grattages, fins, en éventail ou en aigrette, s’invitent dans les couches picturales estompées au pinceau ou imprimées en relief. Chaque éclat texturé en affecte un autre par effet de domino, engendrant une suite de petits et de grands soubresauts qui rappellent les tableaux à facettes exécutés entre 1957 et 1963. Pénombre se révèle d’un seul bloc, à la mesure de l’intensité que le peintre lui insuffle. (A. L.)