Kent Monkman est un des artistes les plus accomplis et les plus provocants de sa génération. Dans ses œuvres somptueuses, l’artiste d’ascendance crie, anglaise et irlandaise sonde diverses facettes de son identité autochtone et queer. Ses peintures, installations, performances et vidéos bousculent et remettent en question les idées reçues sur les peuples autochtones en subvertissant le rôle qui leur est traditionnellement attribué en histoire de l’art occidental. Ainsi, Monkman propose des récits où le rôle des Autochtones et des colons est inversé, récits qui se veulent des critiques mordantes, voire irrévérencieuses, de l’histoire du Canada et de la façon dont elle est racontée.
Au début des années 2000, Monkman commence à s’inspirer des peintures de paysages nord-américains grandioses réalisés par des romantiques du 19e siècle tels que Paul Kane (1810-1871), Thomas Cole (1801-1848) et Albert Bierstadt (1830-1902). Sa réinterprétation de ces tableaux, cependant, met la perspective autochtone au premier plan d’un nouveau récit artistique, social et politique. Shirley Madill écrit : « Monkman s’approprie des paysages qu’il imprègne d’humour camp, d’ironie et de kitsch pour détourner les images conventionnelles des cultures autochtones. En reproduisant les compositions historiques, il se les approprie conceptuellement. » Ces « assemblages visuels » sont évidents dans des œuvres comme Hungry Souls (2013), où l’artiste reproduit un paysage majestueux de Bierstadt intitulé Indians Spear Fishing (1862), mais remplace les chasseurs autochtones par des figures emblématiques de l’histoire de l’art. Ainsi, la vénus de Willendorf fait ripaille avec d’autres sculptures qui ne sont pas sans rappeler des œuvres d’Alberto Giacometti et de Henry Moore. Madill observe : « L’aspect révolutionnaire de la figuration de [Pablo] Picasso, d’Henri Matisse (1869-1954), d’Alberto Giacometti (1901-1966) et d’autres, inspiré des traditions de l’art océanien et africain, a perverti ces dernières, entre autres en ramenant les êtres vivants et les objets inanimés à des formes géométriques bidimensionnelles. Monkman voit dans le caractère réducteur de leur art une métaphore du sort des cultures autochtones face à la modernité. » La recontextualisation de cette scène par Monkman illustre essentiellement les conséquences dévastatrices de la projection des valeurs du modernisme européen sur les cultures autochtones, qui a pour effet de les effacer.
Monkman a reçu de nombreux prix et distinctions, dont un prix Indspire et un doctorat honoris causa de l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario. En 2019, il a été choisi pour réaliser deux grandes fresques, Welcoming the Newcomers et Resurgence of the People, pour le grand hall du Metropolitan Museum of Art de New York.



























































