Peinture no 1 (Béliveau) de Serge Lemoyne figure parmi les tableaux les plus emblématiques du cycle Bleu, Blanc, Rouge, dont le nom fait référence au club de hockey des Canadiens de Montréal. Cette pièce de résistance, qui s’ajoute à une lignée d’œuvres figuratives créées la même année où se succèdent des joueurs étoiles tels que Ken Dryden, Guy Lafleur et Jean Béliveau, participe au culte du tricolore, déjà répandu dans les années 1970. Dans le présent tableau, l’artiste met en scène le célèbre joueur, qu’on reconnaît au numéro 4 bien visible au dos de son maillot.
Les innovations formelles que Lemoyne met au point en 1975 lui permettent d’enraciner un langage plastique qui fait désormais autorité. L’artiste, qui opte pour une référence populaire afin de véhiculer ses préoccupations picturales, puise librement dans la photographie de reportage pour composer ses cadrages et s’inspire des esthétiques de l’expressionnisme abstrait américain, des Automatistes et des Plasticiens québécois. On retrouve donc, rafraîchis, les aplats, le dripping et la géométrie distinctive, ainsi qu’un habile mariage entre le fond et la forme – autant d’éléments qui font que les tableaux sont capables de raconter une histoire en trois couleurs.
Dans une entrée du journal de l’artiste, le 18 mars 1975, on peut lire un passage particulièrement révélateur de sa démarche : « J’ai terminé trois tableaux aujourd’hui. Ils sont très différents des autres, se [sic] sont des agrandissements de photo, agrandissement d’un cadrage spécifique de joueurs du Canadien. Je suis satisfait dans l’ensemble. » Une inscription manuscrite, « no 1 », sur le croisillon du tableau signé par l’artiste, ainsi que la note consignée dans son journal, nous indique clairement qu’il s’agit du premier tableau de cette série, série qui fera d’ailleurs sa renommée. Une occasion à saisir pour les collectionneurs et collectionneuses aguerris.
(Annie Lafleur)





































































