Cette œuvre phare de la série Le drapeau inconnu de Jean McEwen s’impose par la rutilance de son empâtement dominant, scellé aux quatre coins par une couleur complémentaire et sur les côtés par deux marges latérales richement texturées. Le pigment vermillon imite l’incandescence du feu tandis que les teintes safran et ocre rendent l’éclat du bronze, dans une pâte diaprée qui contraste avec le berceau du tableau. Les quatre percées d’azur semblent repousser les flammes à l’intérieur de l’aire picturale, gardée par un violet de cobalt à l’est et à l’ouest. Ce tableau incarne parfaitement l’opulence des matières et la métamorphose formelle qui caractérisent les années 1963 et 1964. Cette « exubérance contrôlée », pour reprendre l’expression de Constance Naubert-Riser, introduit des champs colorés qui sont soumis à une organisation spatiale rigoureuse et sérielle où l’artiste explore le plein potentiel de la couleur et de la dynamique espace-plan. Ce jeu subtil entre les formes crée une tension au sein de l’espace pictural, qui, selon la configuration interne et l’agencement des plans, se verra attribuer un des 5 thèmes clés de la série, laquelle comporte au total 23 tableaux. Ainsi, la présente œuvre correspond à la 12e pièce du 3e thème.
À l’époque où il réalise cette œuvre, le peintre produit un corpus de peintures et d’aquarelles inspiré par un appel lancé aux artistes, qui étaient invités à imaginer un nouveau drapeau national pour le Canada. Hormis le contexte particulier entourant cette production, chaque tableau se présente en soi comme un aboutissement plastique dans la carrière de l’artiste, et Le drapeau inconnu – 3e thème, no 12 ne fait pas exception. En 1964, lors du 81e Salon du printemps du Musée des beaux-arts de Montréal, l’artiste a obtenu le prix Jessie-Dow de la meilleure peinture à l’huile pour une œuvre de cette série.
(Annie Lafleur)





































































