Chef-d’œuvre de Jean Paul Riopelle, Futaie se distingue par l’envergure de sa composition, qui s’élève telle la rosace d’une cathédrale. Plus encore, l’imagerie déployée dans ce tableau est digne d’une vision intime de la forêt boréale, la nature se dévoilant à même le titre. En effet, une « futaie » est un groupe d’arbres de haut fût, c’est-à-dire d’arbres arrivés à maturité : une qualité qui émane aussi de cette toile. L’élan prodigieux que Riopelle insuffle à cette pièce issue d’un corpus exceptionnel peint en 1966, le critique d’art Yves Michaud en fait l’éloge lorsqu’il souligne « la manière dont y apparaissent progressivement des formes qui, en surimpression du foisonnement des petites touches, confèrent une organisation seconde au tableau et ramènent progressivement à la figure ». Ce constat est particulièrement saisissant dans Futaie, où « un dessin vient se superposer à l’organisation des marques de couleur », observe-t-il encore.
Avec Futaie, l’artiste replonge dans une rêverie autour de la nature, maniant la spatule telle une faux dans un champ. Cette œuvre rythmée par une touche agile et profuse capte toute l’intensité d’une lumière crépusculaire, comme au retour d’une expédition de chasse au soleil couchant. Elle nous entraîne sur un sentier couronné de branches, où coule un ruisseau chargé de remous et de scintillements. Cette excursion débouche sur une « clairière infuse », pour reprendre la belle expression de Pierre Schneider. La palette, riche et hautement contrastée, est dominée par un registre de couleurs chaudes et froides mis en valeur par un fond noir velouté. Ici encore, les touches en mosaïque très typiques des années 1950 se délient progressivement pour faire place à des empâtements plus souples, onctueux. Enfin, une structure charpentée vient baliser tout un pan de la composition, qui profite pleinement de cet équilibre. Animée d’une énergie nouvelle, cette pièce constitue l’amorce d’une période faste dans l’œuvre de Riopelle, dont la production repart en flèche.
C’est pendant l’été 1994 qu’a lieu l’exposition Riopelle : Les années soixante chez Didier Imbert Fine Art, à Paris. Le tableau Futaie y est exposé aux côtés d’une sélection d’huiles sur toile et d’œuvres sur papier couvrant toute la décennie thématique.
(Annie Lafleur)





































































