Dans le court métrage documentaire Artiste à Montréal (1954), réalisé par Jean Palardy et produit par l’Office national du film du Canada, on peut observer Armand Vaillancourt en train de sculpter L’arbre de la rue Durocher (1953-1955, collection du Musée national des beaux-arts de Québec) à même la rue. Qualifiée d’arbre-sculpture, cette œuvre monumentale introduit la série des Bois brûlés et, par le fait même, « la forme, la figure, la croissance chaotique de l’arbre sous-jacent, qui est le modèle même de la vie organique », écrit l’auteur et critique d’art John K. Grande. Toujours selon Grande : « D’autres sculptures de bois, de la collection du Musée national des beaux-arts du Québec, incorporent une section de tronc d’arbre. Écorchée, fendue sur la longueur, cette production précède de plusieurs années n’importe quelle sculpture minimaliste américaine, et sa date de création s’inscrit en parallèle à celle des œuvres du groupe japonais Mono Ha. »
Dans le même ordre d'idée, le journaliste Guy Viau brosse un portrait élogieux du sculpteur Armand Vaillancourt, qu’il qualifie de « génie de l’invention », dans un article paru dans la revue Vie des arts en 1964. Viau souligne le savoir-faire et l’audace de l’artiste, manifestes dans son approche plastique des matériaux, dont il fait un usage totalement inusité à l’époque, sans compter les techniques ancestrales qu’il s’approprie dans le but de mieux les détourner : « Sortie de ses mains, la matière de ses sculptures apparaît comme éprouvée par le temps et un long usage. Elle porte une ancienneté, charrie des souvenirs, évoque une préhistoire, exhale quelque chose […] d’immémorial et de tout frais. Il en est ainsi du bois calciné et de la lave pétrifiée, qu’il affectionne : c’est vieux et c’est neuf. C’est éternel. » Plusieurs pièces illustrées dans cet article s’apparentent à la présente sculpture, datée de 1962 et issue de la série des Bois brûlés. Ce corpus d’œuvres modernistes produites entre 1956 et 1963 se distingue par son caractère organique, fluide et curviligne et la pièce proposée ici en constitue un superbe exemple. Sculptée en un seul morceau de bois à la manière d’un robuste ouvrage de dentelle, cette œuvre quasi mythique dans le répertoire de Vaillancourt est un incontournable pour toute collection.
(Annie Lafleur)





































































