J’ai dû pousser l’océan devant moi avant de pouvoir nager.
– Ron Martin
Avec Iron Oxide – Mars Black No. 1, daté de 1973, Ron Martin signe une pièce de résistance qui s’impose dans sa plus pure matérialité avec un noir onctueux ratissé avec les doigts de façon uniforme et sans interruption sur toute la surface picturale. La frontalité de la matière rend à la fois visible la picturalité de l’œuvre et invisible son image, laquelle est engloutie sous le lustre maximal de la peinture. Ironiquement, la lumière la plus éblouissante s’accroche aux masses les plus noires, comme du velcro sur du feutre. Quelques rares percées de toile apprêtée au gesso demeurent intouchées pour marquer le nombre croissant – et théoriquement infini – de trajectoires empruntées par les empâtements. On remarque un corpus de tableaux au traitement similaire, exécutés avec les doigts plutôt qu’avec le côté de la main ou la truelle, tels qu’Iron Oxide – Mars Black No. 3 (janvier 1974) et A Face Facing a Face No. 5 (janvier 1974).
Walter Klepac, spécialiste de l’œuvre de Martin, brosse un portrait définitif et convaincant des Black Paintings depuis l’avènement du dripping de Jackson Pollock dans les années 1940 : « Leur particularité et leur intransigeance, leur ordonnancement et leur cohérence sous-jacente semblent attester un but hautement précis et intelligent, ce qui, au chapitre de la surface et du support, est assez différent de ce que nous observons d’habitude dans la peinture matiériste de cette période. » Exposées pour la première fois en juin 1975 à la Carmen Lamanna Gallery, à Toronto, la série Black Paintings et la One Colour Painting qui la précède sont encensées par la critique en raison de leur rigueur et de leur excellence formelles. Dans son compte rendu de la première exposition publié dans le Toronto Star, le critique Gary Michael Dault qualifie Martin d’un des peintres les plus importants du Canada; cette exposition est selon lui la meilleure de l’artiste à ce jour. Les deux expositions sont d’ailleurs citées dans les manuels d’histoire comme faisant partie des chapitres les plus marquants et les plus déterminants de l’histoire de l’art canadien contemporain. La série Black Paintings représente également le Canada à la Biennale de Venise en 1978. En 2012, Ron Martin a été récompensé par le Prix du Gouverneur général pour les arts visuels et les arts médiatiques.





















































