Véritable tour de force sur le plan technique et chromatique, le tableau Lucrèce (1965) de Jacques Hurtubise marque les esprits grâce à sa présence électrisante. Les motifs parfaitement symétriques créent un espace illusionniste qui renvoie une forte charge optique. La combinaison du jaune de cadmium et du magenta, deux couleurs pures, exacerbe cette tension à l’œuvre sur toute l’aire picturale, tels une déflagration ou un coup de tonnerre. Hurtubise réinterprète le geste expressionniste abstrait et la pratique du tachisme dans un style hard-edge qui conditionne et décompose la ligne et le plan, comme une suite d’arrêts sur image. À partir de 1965, il baptise nombre de ses tableaux de prénoms féminins, ce qui confère une touche sibylline à sa mythologie personnelle. Avec Lucrèce (1965), il signe une œuvre phare de son répertoire le plus abouti à cette époque.
En 1967, Jacques Hurtubise représente le Canada aux côtés de Jack Bush à la 9e Biennale de São Paulo, au Brésil. Jean-René Ostiguy, alors conservateur de l’art canadien à la Galerie nationale du Canada et commissaire de la Biennale, ne tarit pas d’éloges envers le peintre dans le catalogue qu’il signe : « Le génie inventif d’Hurtubise s’affirme maintenant dans une technique parfaitement maîtrisée. Les motifs découpés sur ses pochoirs sont de nature organique, minérale, végétale ou simplement géométrique. […] Lorsque la vibration optique se joint à une parfaite équivalence du fond et du motif, toutes ces images – taches, décharges électriques, […] croix et rosaces, fleurs, feuilles et diamants – s’effacent devant l’omniprésence d’une respiration ou d’un roulement coloré qui n’est rien d’autre peut-être que la trame lyrique de la couleur. »





















































