Les compositions all over figurent parmi les œuvres les plus abouties et les plus avant-gardistes de Marcel Barbeau. Les toutes premières pièces voient le jour durant la seconde moitié des années 1940 et, parmi elles, se distingue Rosier-feuilles, datée de 1946. Barbeau signe ici un véritable manifeste plastique annonçant les explorations picturales qui feront basculer les arts visuels dans une modernité irréversible, au Québec et dans le reste du Canada. En effet, ce chef-d’œuvre marque la genèse des Automatistes, dont les œuvres lui seront redevables à plusieurs égards. Il s’agit d’une des rares peintures de 1946 ayant échappé à l’hécatombe, deux ans plus tard, au cours de laquelle plusieurs tableaux ont été détruits. Animée par de superbes effets de grattage et de transparence, là où la matière est raclée jusqu’à la toile, elle dialogue les huiles de Marcelle Ferron, à pareille époque, ne serait-ce que par la lumière qui façonne et balaie l’espace avec assurance, mature, implacable.
Dans Rosier-feuilles, la palette de Barbeau s’illumine : le noir cède la place au blanc, dont la lumière irradie la surface. Ce contraste pur, additionné de pigments bleus et verts, permet de repousser les limites jusqu’alors peu explorées de la technique all over. Le réseau linéaire foisonnant, attaqué à la spatule, se jette dans la mêlée sous l’emprise d’une poussée féroce tandis que les touches de couleurs froides s’activent follement sous ce buisson en bataille. Une œuvre historique et incontournable pour la collectionneuse ou le collectionneur audacieux, à l’image de l’artiste inclassable qu’a été Barbeau.





















































