AC-81-3 est un fascinant exemple des peintures splendidement travaillées des années 1980 de William Perehudoff. Dans ce tableau fort évocateur, d’épaisses bandes verticales d’un bleu clair lumineux sont grattées de manière inégale pour laisser voir un fond rouille. On assiste ainsi à un jeu intéressant entre l’opacité des zones où la peinture est appliquée généreusement et la transparence de celles où le fond riche affleure. La couche superficielle, avec son lustre, semble presque flotter au-dessus du fond mat, ce qui crée l’illusion d’un espace optique d’où semblent jaillir tour à tour trois éclats de couleur – jaune, rouge et vert. Au moyen d’effets lumineux éthérés et d’une juxtaposition de couleurs vives, Perehudoff évoque avec brio le paysage typique des Prairies canadiennes, à savoir le ciel bleu à perte de vue ainsi que les rouges et les jaunes éclatants des couchers de soleil.
Toute sa vie, Perehudoff demeure attaché aux prairies de la Saskatchewan. Son langage esthétique se manifeste en grande partie comme une réaction viscérale à la lumière et aux couleurs naturelles du paysage de l’Ouest canadien. Ainsi que le fait cependant remarquer Karen Wilkin, Perehudoff, dont l’oeuvre reflète aussi les préoccupations formelles de cette époque marquée par l’abstraction postpicturale, « exprime la perspective matiériste du mouvement Color Field, qui, en gros, veut que la puissance des peintures réside dans leurs matériaux » (Wilkin, Nasgaard et Christie, L’optimisme de la couleur : William Perehudoff, une rétrospective, Mendel Art Gallery, 2010 ; nous traduisons). À partir des années 1960 et jusqu’à la fin de sa carrière, Perehudoff adhère aux principes fondamentaux de l’esthétique Color Field ; ce faisant, il continue de traduire l’émotion au moyen de la puissance expressive de la couleur.

































































