Les années 1970 sont une période extrêmement prolifique pour Jack Hamilton Bush. Même si, à proprement parler, il n’a jamais adhéré tout à fait aux préceptes esthétiques et conceptuels de l’abstraction post-picturale, au cours des 10 dernières années de sa vie, l’artiste se donne la liberté d’expérimenter les idées en dehors de la sphère greenbergienne. Du milieu de 1969 jusqu’à 1970, il adopte plusieurs nouvelles pratiques esthétiques qui débouchent sur une importante transformation. Au lieu de travailler sur des toiles sans apprêt, il commence à préparer les fonds de ses peintures. C’est ainsi qu’il met au point un effet de moucheture à la texture rugueuse, semblable au granit, en mélangeant partiellement ses pigments de manière à ce qu’une partie ne soit pas absorbée. Au début, il obtient ces fonds mouchetés en appliquant la peinture sur toute la surface de la toile à l’aide d’un rouleau ; plus tard, il emploiera une éponge. Avec les fonds mouchetés des années 1970, l’artiste s’éloigne de la planéité qui caractérisait ses peintures antérieures et rétablit subrepticement la relation figure-fond, abandonnée de nombreuses années auparavant. Au cours de cette période, il insuffle une liberté sans précédent dans ses compositions et délaisse par la même occasion les agencements denses de blocs de couleur typiques des séries Sash, Stack et Fringe.
Réalisé à peine un mois avant l’inauguration d’une rétrospective majeure de son oeuvre au Musée des beaux-arts de l’Ontario, Summer Gone est un de ses derniers tableaux. Il est peint sur une toile à la forme triangulaire aussi dynamique qu’inusitée, remarquable exemple de la liberté formelle dont l’artiste fait montre à la fin de sa carrière. Ici, les barres de couleur caractéristiques de la série Fringe sont détachées de leurs formations compactes et réparties d’un bout à l’autre de la toile, de sorte qu’on obtient une composition ouverte où les formes, plus légères et plus ludiques, flottent librement dans l’espace. Comme le souligne d’ailleurs Marc Mayer (Mayer et Stanners, Jack Bush, Musée des beaux-arts du Canada, 2014) : « Les oeuvres des sept dernières années de Bush, presque toutes réalisées sur des fonds mouchetés, partagent une étrange rusticité, une qualité ludique et une autodérision. […] Ces fonds apprêtés offriront nombre des plus beaux et des plus ambitieux tableaux de l’artiste, des compositions saisissantes et énergiques qui captivent le regard et amusent l’esprit. » Parmi les oeuvres importantes de Bush de cette période, mentionnons Symphony on Brown (août 1976), October Gold (novembre 1976), ainsi que Chopsticks (janvier 1977), son chant du cygne.
































































