Dans Welcome to Colombia (1986), Tony Scherman combine avec brio des éléments de nature morte, de portrait et d’abstraction, et ce, dans la palette plus claire et plus colorée qui fait la spécificité de son corpus des années 1980. Le résultat est une audacieuse scène d’intérieur contemporaine où l’on voit un baron de la drogue colombien attablé devant une nature morte atypique composée de plateaux remplis de fruits et de cocaïne ; un chien fidèle et une silhouette féminine semi-abstraite complètent le tout. Sans gêne, le personnage masculin fixe l’observateur droit dans les yeux, comme si celui-ci avait fait irruption dans des tractations dont il n’aurait pas dû être témoin. En laissant volontairement l’arrière-plan inachevé, Scherman force l’observateur à interagir avec le sujet du tableau.
L’oeuvre de Scherman témoigne d’une étude approfondie de l’histoire de l’art et de l’évolution des genres traditionnels occidentaux. Ainsi, Welcome to Colombia présente des similitudes frappantes avec la peinture de genre du 17e siècle hollandais, qui donne souvent à voir des personnages à la probité douteuse. On y assiste à une scène éminemment provocatrice qui évoque à la fois des événements de l’actualité et une tradition artistique du passé.
































































