Le tableau Sans titre (1956) de Kazuo Nakamura est un superbe exemple de la série Block Structure. À la fois abstrait dans sa géométrie simplifiée et futuriste dans sa composition épurée, il présente un paysage architectural insolite tenant de l’illusion d’optique. On y aperçoit en arrière-plan, à travers les ouvertures rectangulaires horizontales et verticales d’une structure en grille, deux tours géométriques austères comme baignées par une lumière rasante provenant d’en haut. Ce n’est pas par hasard que Nakamura évite de recourir à un seul point de fuite, élément sur lequel repose traditionnellement la théorie de la perspective. Il préfère créer de multiples lignes de vision, ce qui donne à l’observateur une impression subtile de va-et-vient constant entre les mondes bidimensionnel et tridimensionnel. Sans titre témoigne donc de sa passion durable pour l’interrelation entre les mathématiques, la science et l’esthétique et constitue une représentation visuelle de sa connaissance approfondie du rapport entre forme et dimension.
Réalisées sur deux ans, soit de 1956 à 1958, les peintures de la série Block Structure de Nakamura sont parmi les plus avant-gardistes de leur temps. Comme l’écrit Gary Michael Dault, elles étaient « planes avant que le mouvement américain du Color Field ne fasse de la planéité le mot d’ordre de l’art d’avant-garde et minimalistes avant la naissance du mouvement du même nom » (« Kazuo Nakamura’s Lucky Numbers », The Globe and Mail, 15 mai 1999 ; nous traduisons). Alors que les peintures des séries String, et Inner Structure de la même période représentent des visions microcosmiques du monde, celles de la série Block Structure dépeignent plutôt un monde dans lequel des paysages plats et stériles sont parsemés de hautes tours géométriques. Pour Nakamura, qui s’intéressait de près aux avancées scientifiques et technologiques comme moyen de faire progresser la société, « ces structures semblent propulser notre époque vers un avenir composé de tours faites de blocs empilés » (Nowell, Painters Eleven : The Wild Ones of Canadian Art, Douglas & McIntyre, 2010 ; nous traduisons).
































































