En 1938, après un bref stage de six mois à l’École des beaux-arts de Montréal, Jean-Philippe Dallaire part terminer sa formation à Paris grâce à une bourse du gouvernement québécois. Pendant l’occupation allemande, soit de 1940 à 1944, il est interné au camp Saint-Denis, en banlieue de Paris, où il continue de pratiquer son art. Il rentre finalement au Canada en 1945 et enseigne le dessin et la peinture à l’École de beaux-arts de Québec de 1946 à 1952, puis travaille comme illustrateur à l’Office national du film.
Qui est coupable ?, fine gouache peinte en 1948, réunit à elle seule la virtuosité plastique, les sujets fétiches et les influences iconoclastes du peintre, en marge des courants et des manifestes d’après‑guerre. Deux personnages assis chacun sur une chaise conversent et gesticulent dans un décor de bord de mer baigné dans une lumière surréaliste. Tel que le note Michèle Grandbois dans son essai, « Dallaire est très sensible au vocabulaire plastique que Jean Lurçat1 applique à la tapisserie. Il s’en inspire pour l’organisation générale des surfaces qu’il surcharge de motifs décoratifs, empruntés sans pudeur ». Expression d’un langage métissé, Qui est coupable ? dispose d’un espace postcubiste aux plans rabattus pour installer ses figures tout droit sorti de la commedia dell’arte, costumées de la tête au pied comme des saltimbanques. OEuvre empreinte de sensibilité et de mystère, Qui est coupable ? occupe une place enviable dans le corpus du peintre.

































































