Si, durant les années 1950, l’oeuvre de Harold Town est marquée par les préoccupations esthétiques des expressionnistes abstraits américains, au début des années 1960, en revanche, elle s’éloigne du formalisme strict de la doctrine de Clement Greenberg, qui préconise l’autonomie de la création artistique et renie toute référence au monde extérieur. Ainsi, les peintures abstraites multicolores de Town datant de cette nouvelle période se caractérisent par des expérimentations avant-gardistes inspirées des sources les plus diverses. L’artiste explore un vaste éventail de thèmes et de formes extérieurs, puisant dans une imagerie urbaine dynamique et des références visuelles tirées de collections muséales, par exemple celles du Musée royal de l’Ontario ou du Musée des beaux-arts de Toronto (aujourd’hui le Musée des beaux-arts de l’Ontario).
Optical (1960) est un audacieux exemple du travail de Town qui frappe par la richesse de ses textures. Parfois appliquée directement à partir du tube, la peinture épaisse aux couleurs contrastantes et vives sert ici à créer une éclatante fresque de formes et de symboles entremêlés : cercles, étoiles, croix, points et lignes épaisses. Selon Gerta Moray, l’artiste « met en évidence la nature artificielle des systèmes de signes et des styles artistiques, ainsi que la façon aléatoire dont les signes s’affrontent et coexistent dans l’environnement contemporain » (Harold Town : Life and Work, University of Guelph, 2015 ; nous traduisons). Composés de couches complexes, ces éléments se mélangent dans un espace pictural ouvert qui semble s’étendre bien au-delà des limites de la toile. Celle-ci, d’ailleurs, est grossièrement divisée en quadrants – ce qui n’est pas sans rappeler la structure en grille sur laquelle l’art moderne est en bonne partie fondé, sauf que Town rejette cette rigidité formelle de manière innovatrice avec une touche gestuelle dynamique et une éruption spontanée de formes irrégulières.

































































