Issu de la Suite indienne (1962-1964), le présent tableau incarne les éléments les plus représentatifs de cette période fulgurante dont les « coloris audacieux de vert, orange et rose, [traduisent] une félicité proche de la joie ». En 1962, à Paris, Edmund Alleyn trouve l’amour. Tandis que les coeurs s’enflamment, éperdument amoureux, le peintre exprime cette passion sur la toile en allumant l’espace pictural de riches couleurs précédemment absentes de ses oeuvres, où dominaient jusque-là les teintes de beige, de brun et de gris. Installé en France depuis 1955, Alleyn entreprend de se reconnecter à ses origines en puisant à même une mémoire ancestrale, qu’il peuple librement de « personnages d’une tribu inventée », selon Jennifer Alleyn, d’animaux et de plantes indigènes qui croissent et se tortillent frénétiquement.
Comme la plupart des tableaux de cette suite, Au sujet de petite soeur présente un élément central autour duquel gravite une nature luxuriante et bourdonnante. Grappe de fleurs au bout d’une tige, grains de pollen répandus par le vent, le motif floral emprunte également à une mythologie de l’intime. En mariant une iconographie amérindienne à celle plus privée d’un amour naissant, Alleyn parvient à élaborer des oeuvres fécondes et réjouissantes, dont la gestuelle n’est pas sans rappeler l’expressionnisme abstrait et dont la richesse des motifs – doublés des thématiques de la beauté, de l’érotisme, de la vie et de la mort – fait écho au surréalisme.
D’autres tableaux exécutés la même année, tels que La fiancée, Poussée et Au creux de l’été, ont ceci en commun qu’ils font voir « un univers à la fois marin et terrestre (chère à la mythologie des peuples autochtones) », écrit Mona Hakim, conférant à l’oeuvre Au sujet de petite soeur, ainsi qu’à toute la Suite indienne, une originalité, une vivacité et une énergie qui tranchent avec la période antérieure de l’artiste.
(Annie Lafleur)































































