Par son art, Alfred Pellan contribue indiscutablement à l’avènement de la modernité au Québec. Chaque nouvelle percée de l’artiste provoque des ondes de choc dans le milieu artistique, ici et ailleurs. Si certains critiques réprouvent parfois durement son travail, d’autres le portent carrément aux nues. Ainsi, Pellan se voit constamment tiraillé entre ces polarités, allant de l’encensement au mépris. Envers et contre tout, l’artiste persiste et signe : il devient, en 1955, le premier peintre canadien à décrocher une rétrospective au Musée national d’art moderne à Paris. De retour au Québec, l’artiste a droit à une exposition individuelle dans la métropole, après quinze ans de silence. Sous l’invitation du maire Jean Drapeau, Pellan expose ses oeuvres en novembre 1956 dans le hall d’honneur de l’hôtel de ville de Montréal. L’exposition fait couler beaucoup d’encre et attire nombre de visiteurs, les oeuvres du peintre se retrouvant au coeur d’une controverse qui se solde in extremis – au grand dam de ses détracteurs – par le retrait de quelques pièces jugées trop osées.
Qu’à cela ne tienne, Pellan élabore de prodigieux tableaux au milieu des années cinquante, période durant laquelle il « explore justement les propriétés physiques de nouveaux matériaux comme le sable, la silice, le tabac, le mâchefer […] [et] le polyfilla, qu’il mêle à la couleur, pour leur conférer une fonction structurelle dichotomique comparable à celle du bas-relief », explique Michel Martin. Le tableau intitulé Sous cloche adhère en tout point à cette exploration, avec comme point de départ la nature morte, sujet chéri de Pellan. Les matériaux bruts gagnent en raffinement dans cette composition aux tons légèrement oxydés où la fleur et la feuille ont le premier rôle, enserrées sous une bulle de verre, rappelant l’état d’esprit dans lequel l’artiste devait se plonger pour protéger sa liberté d’expression.
Sous cloche fait partie de la rétrospective présentée au Musée du Québec, au Musée des Beaux-Arts de Montréal et à la Galerie nationale du Canada, en 1972. (A. L.)




































































